Comment alors en est-on arrivé là ?

La plupart des grands titres nationaux ont été rachetés par des groupes industriels ou financiers, dont le métier n’est pas la presse, et qui bien souvent ne voient en eux qu’un instrument de communication, pire, d’influence.

En région, l’information locale est peu à peu étouffée par la concentration de tous les journaux dans une seule main, souvent désireuse de monopoliser aussi les ondes et Internet. De grands groupe Hersant, La Montagne, Ebra, Ouest France, Midi Libre se constituent ainsi, bien décidés à dominer l’ensemble des titres écrits, radios, télévisions et sites Internet attachés, présents sur leur zone d’intervention.

En presse nationale, c'est l'ossature entière de certaines rédaction qui a été jetée aux orties... La conséquence immédiate, une réduction drastique de la diversité des sources d’information

Dans les rédactions, les chefs de service sont de plus en plus utilisés comme courroie de transmission, au mépris de leur rôle traditionnel de médiateur, protégeant les journalistes des pressions.

Or, avec la volonté de contrôler l’information, ces pressions sur les journalistes se sont multipliées, tant au plan politique que commercial. En passant bien souvent par un chantage à l’emploi et l'accroissement de la précarité.

Aujourd’hui près d’un journaliste sur trois est dans une situation précaire.

Ces pressions sur les journalistes mènent à une information de plus en plus officielle, fabriquée par des sources uniques, dans tous les médias qu’ils soient nationaux ou régionaux, généralistes ou spécialisés.

Cette conception de l'info est suicidaire pour nos entreprises.

Elle fait baisser les ventes ou l'audience, décrédibilise les journalistes, assèche les relations sociales, appauvrit notre travail, et continue à générer une précarité et un turn-over élevé, avec à la clé un énorme gâchis humain et financier.

Sans reportage, sans enquête, sans questionnement et recoupement de sources concurrentes, il n'y a pas de vie démocratique et culturelle normale pour notre pays.

La croissance d'Internet, où l'information officielle est accessible d'un clic, nécessite le retour à un journalisme de qualité, qui diversifie ses sources, et raconte l'info en stéréo.

Bien sûr, il y a des journaux qui réussisent, on peut citer Marianne, le Canard Enchaîné ou encore le mensuel Alternatives Economiques, continuent à être dirigés par des journalistes, offrant à leurs lecteurs de vraies enquêtes, une vraie diversité des sources, un vrai travail en équipe des rédactions, conservant d’ailleurs leur lectorat alors qu'il recule ailleurs.

Il est donc vital que le journalisme puisse retourner vers ses lecteurs et ses auditeurs. Qu'il soit protégé par un cadre légal évitant à n'importe quel actionnaire de faire n'importe quoi de son journal, en imposant à ses journalistes un chantage à l'emploi et la précarité.

Nous ne demandons pas à cogérer nos entreprises ni même à pouvoir décider de la ligne éditoriale des titres, émissions ou sites qui nous emploient. Nous voulons pouvoir à nouveau bien faire notre métier c'est-à-dire informer réellement nos concitoyens.